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« Chronique d’un lien inattendu » Au pays des écureuils

Samedi 11 avril 26 – Le Nid de la Chouette – Carlsberg/ Esthal – Arrivée

Pour cette semaine hors du temps, j’ai choisi un lieu inconnu à 2h de route de la maison, direction Nord en Allemagne, dans la Palatinat, aux abords d’un minuscule village rattaché à Carlsberg.

Nous avons décidé d’explorer les sentiers de cette forêt nommée le Pfälzerwald.
Ce massif prolonge directement les Vosges du Nord, de l’autre côté du Rhin.

Autrefois, ces reliefs formaient un seul ensemble, séparé il y a des millions d’années par l’ouverture du fossé rhénan.
Aujourd’hui encore, tout se ressemble : mêmes forêts, mêmes rochers de grès rouge, mêmes vallées calmes. Ce territoire est reconnu comme une seule entité naturelle :
la réserve de biosphère UNESCO Pfälzerwald–Vosges du Nord.

Concrètement, nous ne sommes pas dans les Vosges au sens administratif, mais bien dans leur continuité qu’on appelle aussi la Vasgovie.

Une frontière existe sur la carte, mais pas dans le paysage.

Notre gîte est incroyable. C’est une maison nichée dans une pente abrupte à l’orée de la forêt. Son nom : « le nid de la chouette ». Il y a des bibelots de toute sorte qui jalonnent l’immense jardin et qui nous rappelle que nous sommes, effectivement, dans le nid de la chouette. La déco fait un peu bric à brac mais n’est pas dénuée de charme. La maison a tout le confort possible. Le lieu est très calme, habité par une multitude d’oiseaux : merle, pouillot véloce, rouge gorge, roitelet triple-bandeau, …

A peine nos affaires posées, je suis partie explorer, seule, les alentours dans un rayon de 5 km. Les sentiers sont bien balisés, le pin maritime domine l’espace boisé.

Les sols de grès étant pauvres, secs et acides, ces conditions favorisent les pins, capables de pousser là où d’autres arbres s’installent plus difficilement. À cela s’ajoute l’histoire : les forêts ont été fortement exploitées, puis replantées en partie avec des pins, mieux adaptés à ces terrains. Aujourd’hui, ces paysages sont donc le résultat à la fois du sol et des usages passés.

Nous n’avons pas rencontré nos hôtes, seulement échangé par SMS.
À notre arrivée, deux présents nous attendaient : une bouteille de vin blanc et des friandises au lapin destinées aux chiennes.

Ce geste, présenté comme une attention, révèle une banalisation profonde.
Ces friandises au lapin, derrière leur apparente innocuité, reposent sur l’exploitation et la mise à mort d’êtres sentients, transformées ici en simple produit de récompense, jamais questionnées.

Nous ne consommons pas d’alcool par choix politique et sommes antispécistes.
Les chiennes sont végétaliennes. Mais au-delà de nos pratiques, ce qui frappe, c’est l’évidence avec laquelle deux formes de consommation — l’alcool et les produits issus de l’exploitation animale — sont proposées sans être interrogées.

D’un côté, une drogue socialement valorisée, intégrée aux codes de l’hospitalité.
De l’autre, des produits issus de corps appropriés, transformés en marchandises, rendus acceptables sous la forme de “friandises”.

Dans les deux cas, il s’agit de normes incorporées, répétées sans distance critique. Ce qui est offert ici dépasse le simple cadeau : cela révèle un système violent où certaines pratiques sont naturalisées, légitimées, et soustraites à toute remise en question.

Nommer cette banalité est essentiel pour la fissurer !

En fin de journée, de retour au gîte, j’ai voulu m’installer au calme dans le salon de jardin. Et là, face à moi, accroché à l’arbre : un écureuil. Figé. J’ai cru à un corps empaillé. Comment avais-je pu ne pas le voir en arrivant ? Je suis restée sidérée.

Moi, pétrifiée d’effroi face à un être empaillé — lui… de crainte.

Puis la fuite de cette petite personne rousse. Elle était bien là, pleinement présente. La mangeoire remplie de graines est visiblement sa cantine : je l’avais simplement dérangée en plein repas.

Le basculement a été immédiat. À l’horreur a succédé une joie immense en comprenant que nous allions cohabiter une semaine.

J’ai décidé que ce serait elle. Le masculin s’impose trop souvent par défaut dans la langue ; ici, je choisis autrement.

Nous l’avons longuement observée hier soir, derrière les vitres, pour ne pas troubler sa tranquillité. Je peux aussi la voir depuis ma chambre, à l’étage, juste en face de sa cantine. Le balcon surplombe la pente — un point d’observation privilégié, presque irréel.

Dimanche 12 avril 26 – Randonnée > Boucle Vue sur le Leiningerland

Au réveil, notre résidente était encore à se gaver de graines. Je lui ai coupé des petits morceaux de pommes.

J’ai super bien dormi, le calme des lieux est impressionnant.

Le programme du jour est une boucle, d’une dizaine de km, à 5 minutes en voiture de la maison, au départ de Altleiningen.

Ce n’est pas une randonnée spectaculaire, mais une randonnée de contraste : elle raconte le passage d’un monde fermé à un paysage ouvert, presque en douceur. Les sentiers sont souples, parfois tapissés d’aiguilles, pins et feuillus alternent les espaces traversés. La lumière encore diffuse en avril est filtrée par une canopée timide du printemps naissant.

Les 300 m de dénivelé se répartissent en montée douce. Elle commence presque sans qu’on s’en rende compte, sur un chemin large, souple, où le pas trouve facilement son rythme. Puis peu à peu, le sentier se resserre, se faufile entre les troncs, oblige à regarder où l’on pose le pied.

Le sol change lui aussi. Moins de feuilles, plus de sable, quelques racines, des zones plus sèches. La forêt cesse d’être uniforme. Des reliefs apparaissent, discrets d’abord, puis plus affirmés.

Et puis la roche affleure. Par endroits seulement, comme si elle hésitait encore à se montrer. Des plaques, des strates, des blocs émergent du sol, modifiant la texture du chemin, ralentissant la marche.

Sans rupture, quelque chose bascule.
Le regard porte un peu plus loin, les lignes du paysage se dessinent. La forêt ne se referme plus complètement. Elle laisse passer la distance.

Un des points de passage sont les Kupferfelsen, surnommés le “Kamelkopf”, la tête de chameau. Ils ne s’imposent pas par leur hauteur, mais par leur présence. Des blocs de grès, épais, stratifiés, comme empilés par le temps. Leur base est creusée, leurs flancs marqués de couches horizontales, leurs sommets arrondis et sombres, parfois couverts de mousse et de fougères discrètes.

On tourne autour, on passe dessous, on les contourne.
Ils ne dominent pas : ils occupent l’espace. Il y a quelque chose de presque organique dans leurs formes — des volumes lourds, irréguliers, qui semblent avoir glissé plutôt que poussé, qui font corps avec le paysage.

Le chemin replonge ensuite dans une forêt plus enveloppante.
La lumière est plus diffuse, les sons s’étouffent. Les rochers disparaissent, mais leur présence reste en mémoire, comme une ponctuation dans la marche. Le retour se fait par un sentier étroit à flanc de montagne puis longe le ruisseau de l’Eckbach où Suzy va pouvoir se désaltérer.

Nous rentrons, affamées, et décidons d’aller déjeuner dans la maison de la nature « Rahnenhof » à 500m de notre gîte. Nous l’avons repérée sur Happy Cow car elle propose deux plats véganes.

J’avais localisé l’endroit lors de ma mini randonnée de la veille. Situé dans un creux de forêt, alors que les sentiers étaient vides d’humains, lui grouillait de monde et de vie. Beaucoup de famille qui semblait connaître et apprécier ce lieu pourtant isolé des routes passantes. Cet endroit a quelque chose de simple et profondément ancré. Une grande bâtisse claire posée là comme un refuge ancien pour marcheur·euses fatigué·es.

À l’extérieur, quelques tables en bois, espacées sous les arbres encore clairsemés, des aires de jeux pour les enfants. Rien de décoratif, juste l’essentiel : s’asseoir, respirer, laisser retomber la marche.

À l’intérieur, on bascule dans une autre époque. Bois omniprésent, carrelage un peu daté, lumières douces… une ambiance qui évoque les années 50 ou 60, sans mise en scène, sans nostalgie fabriquée. Juste quelque chose qui n’a pas changé.

Le fonctionnement est direct et très chaleureux :
on commande au comptoir,
on récupère son plateau,
on s’installe où il reste une place,
et on débarrasse soi-même.

Pas de service, pas de distance — tout circule.

Le public est majoritairement âgé, des habitué·es visiblement. Ça parle doucement, ça prend son temps. Il n’y a rien de spectaculaire, et c’est précisément ce qui rend l’endroit si accueillant. On est loin des lieux calibrés pour plaire. Ici, c’est populaire au sens plein : accessible, vivant, sans filtre.

À l’entrée, un panneau : « Respect ! Pas de place pour le racisme ».
Ce n’est pas qu’un message. C’est une prise de position affichée, un engagement à ne pas laisser passer. Dans ce lieu simple et populaire, ça donne une profondeur inattendue.

En faisant des recherches sur ce lieu, j’ai compris pourquoi il me parlait tant et pourquoi on s’y sent si bien.  Le Rahnenhof est une maison d’accueil populaire, née du mouvement syndical, marquée par la résistance au nazisme, engagée dans le social et l’écologie depuis plus d’un siècle. On y mange, oui — mais surtout, on y partage un espace politique, populaire, qui n’a jamais été neutre.

Géré par les NaturFreunde, un mouvement historiquement lié aux luttes ouvrières et à l’éducation populaire, le lieu incarne un même élan : marcher, transmettre et s’engager.

Le repas était copieux et excellent ! Nous sommes rentrées repues au gîte.

Je me suis installée devant la fenêtre de la cuisine, tournée vers la mangeoire du jardin. Pendant que j’écris, Miss Écureuil apparaît, repart, puis revient encore se nourrir de quelques graines, pour mon plus grand plaisir.

lundi 13 avril 2026 – journée pluvieuse

Pluie annoncée pour toute la journée, nous décidons de consacrer ce jour à des visites de villages typiques en laissant Suzy et Rosa au chaud, au gîte.

Avant cela, nous leur proposons une mini balade dans la forêt proche. Là, ça se complique car Suzy refuse catégoriquement la pluie. Pas de négociation. Pas de compromis. On décide donc de prendre la voiture pour faire 500m afin qu’elle croie qu’on part en voyage. Elle marche 10 minutes. Elle sent la pluie. Elle fait demi-tour. Fin de l’aventure. Elle a une cohérence intérieure remarquable. Elle ne transige jamais avec elle-même. C’est à la fois fascinant et … tellement Suzy !

On part découvrir les villages alentours vers 11h.

Première étape, perchée à près de 270 m d’altitude, la ruine du château de Neuleiningen qui surplombe le village et la vallée de l’Eckbach, à la frontière entre la forêt du Palatinat et les reliefs tertiaires. Construite vers 1240 par le comte Frédéric III de Leiningen-Dagsburg, elle faisait partie d’un réseau défensif avec Altleiningen et Battenberg, contrôlant l’accès depuis la plaine du Rhin.

Aujourd’hui, sous la pluie et en début de semaine, le lieu semble suspendu hors du temps : aucune présence humaine, seulement le silence, la pierre humide et cette impression rare d’avoir la ruine pour soi seule — une atmosphère à la fois solitaire et intensément habitée qu’on savoure pleinement.

Deuxième étape : le village viticole de Großkarlbach, typique de la région.
Les rues sont désertes, bordées de bâtisses anciennes, imposantes et cossues, où chaque façade raconte une prospérité ancienne. La richesse liée à la vigne est bien présente, inscrite dans la pierre et les volumes.

Sous le ciel gris, l’ambiance reste hors du temps — silencieuse, presque figée, comme si le village retenait son souffle. Et pourtant, derrière cette esthétique patrimoniale, une autre lecture affleure : celle d’un territoire façonné par une drogue dont la consommation est profondément normalisée. Le vin, ici élevé au rang de culture et de tradition, incarne cette drogue socialement intégrée, banalisée au point d’en devenir invisible — inscrite dans les paysages comme dans les habitudes.

Troisième et dernière étape, le hameau de Höningen, niché à environ 300 mètres d’altitude au bord de la forêt du Palatinat, le paysage se resserre, plus intime, plus rural, presque secret. Une route étroite serpente entre les collines vers le Rahnfels et nous y conduit. Le cœur du lieu, ce sont les vestiges du monastère augustinien fondé au XIIe siècle : des pans de murs, un pignon d’église encore debout, un porche qui semble ouvrir sur un autre temps.

Surplombant le village, la petite église Saint-Jacques de Höningen, datant du XIIe siècle, se dresse, sobre et ancrée dans la pierre, comme un repère immobile.

Autour d’elle, le cimetière s’étend en pente douce : des tombes clairsemées dans l’herbe humide, d’autres directement enchâssées dans le mur, presque absorbées par lui. Les plus anciennes, sculptées et rongées par le temps, côtoient des pierres plus récentes — sans rupture, comme si les époques cohabitaient harmonieusement.

De surprenantes décorations jalonnent les rues. Elles relèvent d’un folklore rural un peu décalé, à la frontière entre humour et étrangeté. Il y a quelque chose de volontairement kitsch et bricolé. L’ensemble crée un contraste assez troublant — entre le familier et le légèrement inquiétant. On pourrait qualifier ça de “fantaisie villageoise” ou de “kitsch champêtre”, avec une touche d’absurde : une manière d’habiter l’espace extérieur en y injectant de la présence, même artificielle, comme pour rompre le vide des rues. On retrouve cette façon d’habiter les cours et jardins partout. Notre gîte en est un exemple parfait.

Pour le déjeuner, on a fait quelques courses chez REWE — un véritable paradis pour qui mange végane. Ici, les options abondent, aussi bien en magasin que dans les restaurants alentour : on pourrait facilement en faire un séjour entièrement gastronomique.

On en a profité pour acheter des noisettes et des graines de tournesol pour Madame Écureuil. Et ce soir — surprise totale — ils sont deux à venir se goinfrer au même endroit. J’ai littéralement crié de joie.

Mardi 14 avril 2026 – Trouver le cimetière juif de Carlsberg

Le temps est plus clément, les nuages gorgés de pluie sont derrière nous. Sur les panneaux touristiques, au début des sentiers de randonnée, j’ai repéré la photo d’un cimetière juif local.

J’ai une tendresse particulière pour les cimetières. Ce sont des lieux où les tombes m’apaisent, aiguisent aussi ma curiosité, où je peux vagabonder dans un passé inconnu que je réinvente au gré de mon imaginaire. Après avoir exploré diverses cartes, j’ai réussi à localiser ce minuscule lieu (3,4 ares) lové dans la forêt et j’ai tracé le circuit du jour en fonction de lui.

11 km et moins de 300 m de dénivelé, entre bois, prairies, ruisseaux chantants, étangs oubliés et ruelles bordées de maisons cossues dans des quartiers résidentiels. Le parcours est jalonné de nombreux centres équestres. Ici, ce ne sont pas les vaches qu’on exploite le plus, mais les chevaux, visiblement. La forme change, pas le fond : une même violence, organisée, normalisée.

Le trésor du jour se niche donc au cœur de la forêt, presque introuvable, minuscule cimetière juif. Rien ne l’annonce vraiment. Il faut savoir qu’il est là, ou tomber dessus par hasard, comme sur un fragment d’histoire oublié. Ouvert en 1861, il n’a presque pas eu le temps d’exister. La communauté de Carlsberg disparaît dès 1868. Quelques années seulement, à peine une présence, puis plus rien — ou presque. Il reste un enclos dérisoire et quelques pierres. Certaines tiennent encore debout, d’autres penchent, d’autres s’effacent. La mousse les recouvre, les inscriptions se dissipent. Rien de monumental, rien qui cherche à durer. Juste des traces. Et pourtant, ce lieu dit quelque chose de profondément politique. Il raconte des existences tolérées un temps, puis dissoutes, rendues invisibles. Il dit la fragilité de certaines présences dans l’histoire, leur disparition presque sans bruit, comme si elles n’avaient jamais compté.

La forêt enveloppe le tout. Elle adoucit, elle protège peut-être. Mais elle participe aussi à cet effacement lent, presque confortable, où la violence du passé se fond dans le paysage.

Alors il faut s’arrêter. Regarder ces pierres pour ce qu’elles sont : non pas seulement des tombes, mais des preuves. La preuve qu’ici, il y avait des vies, des familles, une présence. Et que leur disparition n’a rien de naturel. Il reste ces pierres, mémoire ténue, qui résiste encore à l’oubli.

Le retour se fait par un large sentier sableux dans une forêt de pins maritimes où le ciel bleu devient la dominante du jour.

Suzy a réussi à se rouler dans deux cacas et Rosa a mangé quelque chose et on ne veut pas savoir ce que c’est. La douche est de circonstance au retour.

Ce soir, on teste le restaurant aux propositions véganes de Neuleiningen, déniché hier.

Sinon, nous avons officiellement trois écureuils ! La résidente “officielle” s’est installée entre deux branches, juste au-dessus de la mangeoire, en véritable gardienne du trésor. Les deux autres tentent des approches pas toujours discrètes… sans grand succès. Résultat : un va-et-vient complètement chaotique sur toutes les branches du coin.

Mercredi 15 avril 2026 – Battenberg et Rahnenhof

Dès le lever, je file sur la terrasse pour assister au ballet des écureuils. Je crois que c’est ce qui me réjouit le plus ici. Les observer est fascinant. Très vite, leurs personnalités se dessinent : il y a l’“ancienne”, celle qui occupe les lieux, plus assurée, presque familière avec moi ; et puis les deux autres, plus petits, plus nerveux, qui restent à distance.

Elle, en revanche, tient le territoire. Entre elle et moi, ça fait déjà beaucoup de présence à tolérer pour des êtres plus discrets. Désormais, elle descend manger tranquillement au pied de l’arbre pendant que je suis installée dans le jardin. Son drey est là, dans les sapins qui bordent la maison.

Et puis, ce matin, une apparition furtive : un roitelet triple-bandeau. Première fois que je le vois. Comme un minuscule éclair dans les branches et sur la mangeoire — une présence presque irréelle, magique.

Ce lieu est vraiment habité, vibrant de présences furtives et de scènes minuscules qui happent toute l’attention. C’est vrai qu’on pourrait juste rester là, à cohabiter avec toutes ces vies dans une parfaire harmonie.

Puis nous sommes parties explorer ce qu’on appelle le « balcon du Palatinat » : le village de Battenberg, suspendu au-dessus de la plaine à une quinzaine de minutes du gîte (en voiture).

C’est la plus petite commune du district de Bad Dürkheim. Accrochée à la lisière de la forêt palatine, à environ 300 m d’altitude, elle offre une vue dégagée sur la plaine du Rhin, jusqu’à Francfort-sur-le-Main et les reliefs de l’Odenwald. On comprend vite d’où vient son surnom.

Un château domine le village, aujourd’hui transformé en hôtel privé. Alors nous avons préféré arpenter les forêts alentours, verdoyantes, sur une dizaine de kilomètres — notre première vraie journée printanière : les feuillus déploient leurs jeunes feuilles, et les oiseaux s’en donnent à cœur joie dans une joyeuse cacophonie de saison. Toujours très peu d’humains sur les circuits empruntés (très bien balisés par ailleurs).  On privilégie des petits circuits pour Suzy — 9 ans, de l’arthrose — mais toujours partante pour randonner. Comme elle adore cela, j’adapte nos découvertes à ses capacités.

Au détour d’un sentier emprunté, une croix surgit, posée là comme un récit figé. Plusieurs versions circulent, aucune certitude. Mais il y en a une qui me parle davantage que les autres : celle où un humain est pris pour un sanglier. Un bruit dans les fourrés. Une silhouette. Un tir. On appelle ça une erreur. Mais est-ce vraiment une erreur, ou le produit logique d’un système où l’on apprend à abattre avant même de regarder ? Où l’on transforme des présences en cibles, des corps en simples occasions de tirer ? Au fond, peu importe que la balle atteigne un humain ou un sanglier. C’est précisément là que le problème se révèle dans toute sa brutalité : la chasse repose sur l’acte de tuer. Elle normalise la mise à mort, elle l’entraîne, elle l’ancre dans des gestes, des réflexes. Dans ce cadre, la confusion n’est pas une anomalie. Elle est une conséquence.

Cette croix ne raconte pas seulement une tragédie isolée. Elle met en lumière une violence plus vaste, rendue ordinaire. Une violence qui ne dépend pas de l’identité de la cible — mais du fait même qu’il y en ait une.

Au retour, on décide d’aller déjeuner au Rahnenhof, à 500 mètres de la maison, en empruntant un joli chemin boisé. Nous sommes vraiment tout près. Avec la douceur printanière et le soleil du jour, on s’installe dehors, sur les jolis salons de jardin en bois. Ce séjour se tisse de joies simples, de lenteur appréciée, de moments précieux.

Et pendant que je complète mon journal, Madame Écureuil me tient compagnie, affairée à engloutir ses graines, imperturbable. Et en fait, je viens de réaliser qu’ils ne sont pas trois… mais quatre à virevolter dans les arbres alentours pour grappiller leur part du festin. C’est complètement fou.

Jeudi 16 avril 2026 – Les écureuils et le circuit du Ganerbenweg à l’Ungeheuersee en passant par la Bismarcktürme

Les rituels sont installés au gîte et nourrir et observer les écureuils sont mes premières activités alors que tout le monde dort encore.

Ce matin, Phlau se sent « molle » et comme Suzy a bien marché ces derniers jours, elles décident de rester à la maison. Enfin, c’est surtout nous qui décidons pour Suzy malgré le fait qu’elle est toujours partante pour n’importe quelle randonnée !

Je pars donc avec Rosa sur ce sentier au nom étrange : Ganerbenweg. Il est à 20 minutes en voiture de notre havre.  Ganerbenweg : un mot venu du vieux droit germanique, où tout était “commun”, indivisible, partagé entre héritiers. Une idée presque vertigineuse aujourd’hui, dans ces forêts qui semblent, elles aussi, appartenir à quelque chose de plus vaste que nous.

La boucle fait une dizaine de kilomètres, et très vite, le chemin s’enfonce dans les pins du Pfälzerwald. L’air y est sec, résineux, et le sol crisse sous les pas. La journée s’annonce chaude. Par endroits, des roches aux lichens et aux mousses vertes surgissent, comme si la forêt avait laissé affleurer ses os. Nous nous aventurons vers la Teufelsmauer, une muraille rocheuse presque cachée, faite de conglomérats et de grès rouges vieux de millions d’années.  Ensuite, la descente s’amorce vers l’Ungeheuersee. Un plan d’eau sombre, en apparence immobile, écrin aux verts foncés presque noirs dans le creux de la forêt. Les panneaux racontent : peu profond, acide, sans poissons. Ancien lieu de pâturage, puis laissé à lui-même.

Et pourtant, il déborde. Pas de mouvement visible, mais l’air vibre — saturé du chant des grenouilles. Un grondement diffus, continu, presque enveloppant.

Il n’y a plus d’humain.
Plus d’usage. Plus d’exploitation.

Seulement cette présence dense, sonore, indifférente à nous.

Nous traversons ensuite des bois de feuillus et des bancs jalonnent le parcours.

Plus loin, le Heidenfels demande un peu d’attention : marches creusées dans la pierre, passages étroits, tunnels naturels. On ne marche plus vraiment, on explore. C’est un agglomérat gigantesque de roches sombres rouges et vertes selon leur exposition aux vents. Impressionnant lieu qui peut aussi servir de refuge.

Nous poursuivons sur de jolis sentiers qui passent par une fontaine où Rosa peut se désaltérer.

Au sommet du Peterskopf, la silhouette de la tour de Bismarckturm Peterskopf apparaît. Aujourd’hui elle est fermée, mais peu importe : les bancs autour invitent à s’arrêter. Elle se dresse comme un bloc compact de grès rouge, presque austère.
Massive, carrée, elle repose sur une base élargie qui lui donne un air de forteresse plutôt que de simple belvédère. Elle n’est pas seulement un point de vue : elle impose une présence, presque autoritaire, dans le paysage forestier. Les Bismarcktürme sont des monuments construits en Allemagne autour de 1900 en hommage à Otto von Bismarck, figure centrale de l’unification allemande en 1871. Après sa mort, plus de 200 tours sont édifiées entre 1898 et 1910, dans un contexte de forte affirmation nationale.

Ces constructions ont une triple fonction :

  • commémorer Bismarck
  • symboliser l’unité allemande
  • servir parfois de tours à feu lors de cérémonies patriotiques

La tour du Peterskopf, située à environ 480 m d’altitude, s’inscrit dans ce mouvement. Construite au début du XXe siècle, elle combine point de vue et monument politique. Aujourd’hui, elle est avant tout un site de passage pour les randonneu-ses-rs.

Sous couvert de mémoire, c’est surtout une vision du monde que l’on a figée dans la pierre.

Le sentier continue, croise la Lindemannsruhe, ancienne maison forestière née dans les années 1920, témoin discret d’une époque où l’on organisait la forêt autrement.  Au pied de cette maison forestière, une borne jaune tranche avec les teintes du sous-bois. Station de secours pour vélos : outils suspendus, pompe prête à l’usage. Un petit îlot d’assistance au milieu du chemin.

Ce qui reste après la boucle, ce n’est pas seulement la beauté des roches ou le calme du lac.
C’est une impression plus diffuse : Ces paysages racontent une histoire humaine, mais ils montrent aussi qu’ils peuvent s’en détacher. Le chemin des “biens communs” devient alors autre chose — une traversée entre ce que l’on a façonné et ce qui persiste sans nous.

Retour par la jolie route de crète au gîte où nous attendent les écureuils. La douche et la sieste seront bienvenues.

Ce soir nous avons réservé dans une pizzeria de Grünstadt qui propose tout végane le jeudi.

Un autre monde est tellement possible.

Vendredi 17 avril 2026 – toujours les écureuils et découverte du Lac Eiswoog

J’ai constaté que la variété d’écureuils qui viennent à notre cantine s’est étoffée. Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les tailles, mais ils font tous partis des « écureuils dits roux ». J’ai arrêté de les compter.

Aujourd’hui j’ai choisi un circuit que nous pourrions faire au départ du gîte. J’ai mis le conditionnel car Suzy refusera de partir si on ne prend pas la voiture… donc on a pris la voiture pour 500 mètres !  Notre point de départ est le Rahnenhof que j’aime tant. On pourra y déjeuner au retour de notre circuit de 12 km.

La boucle choisie débute sous un ciel clair.
Très vite, le chemin s’enfonce dans une forêt mixte, aérienne avec ses longs troncs élancés et lumineuse à la fois. Le soleil perce, mais l’ombre des arbres accompagne chaque pas, rendant la marche agréable. Des bancs jalonnent le parcours. Régulièrement. Comme une invitation à s’arrêter, à observer, à ne pas simplement traverser.

Le paysage porte son âge.
Le grès ancien est présent partout, vestiges de formations vieilles de millions d’années. Une géologie lente, silencieuse, qui structure tout sans jamais s’imposer.

Puis, dans le creux du paysage, le viaduc de l’Eistal apparaît. Long de 271 mètres, construit en 1932, ancien pont ferroviaire aujourd’hui désaffecté, il traverse la vallée avec une précision métallique. C’est l’un des ouvrages les plus célèbres du Palatinat. Une ligne droite d’acier et de pierre, témoin d’une époque où l’on reliait, traversait, exploitait. Depuis 1988, plus aucun train ne passe. La structure reste. Suspendue entre usage et abandon.

En contrebas, l’eau circule. Le lac d’Eiswoog s’ouvre, c’est un lac artificiel. Il se trouve sur le chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Un cygne noir s’y prélasse.
Calme, aménagé, avec ses buvettes et ses abords accessibles. Je vais immédiatement voir ce que propose la carte et, comme d’habitude par ici, un plat vegane est au menu, bien moins cher que les plats carnés ! Le lac est vidé régulièrement pour enlever les boues et entretenir la digue. Il a été utilisé à des fins humaines — industrie, pisciculture, loisirs. Ce type de gestion régulière s’est inscrit dans la durée. Rien de “naturel” ici : c’est un paysage maintenu, contrôlé, ajusté.

Autour, la vie discrète continue.
Sur les blocs de grés, au bord de l’eau, la mouche de pierre — fragile, presque invisible — rappelle la qualité du milieu. Sa présence dit quelque chose que les aménagements ne disent pas. Le contraste traverse tout le parcours : entre infrastructures et lenteur géologique, entre gestion humaine et dynamiques propres au lieu. On marche dans un espace composé. Mais jamais totalement maîtrisé.

Au retour, on savoure pleinement notre plat de frites — délicieuses — accompagné de salades composées. Installées dehors, sur les tables et chaises en bois du Rahnenhof, le moment est simple et parfaitement appréciable.

Phlau rentre en voiture avec les chiennes, je prends le petit sentier à travers bois pour rejoindre le gîte. L’après-midi sera occupée à observer la danse virevoltante de nos écureuils résident-es.

Samedi 18 avril 2026 – retour maison en passant par Königsbach et Landau

Le départ fut bien plus difficile que prévu. J’ai pleuré. Comme si quelque chose en moi refusait de quitter cet endroit. Cette semaine m’a traversée d’une joie tellement intense que j’ai du mal à mettre des mots dessus.

Ces matins avec les écureuils, leur présence constante, leurs allers-retours, leurs petites vies entremêlées à la mienne… C’était plus qu’observer. C’était partager un espace, un rythme, une attention. Une forme de communion simple, évidente, qui m’a remplie comme rarement.

Ce qui me revient aussi, c’est une critique que j’avais lue dans « Vegan Order » de Marianne Celka. Elle y avance que l’antispécisme romprait les relations avec les autres animaux, qu’il produirait une forme de distance, de retrait.

Mais ce que j’ai vécu ici dit exactement l’inverse.

Car de quelle “relation” parle-t-on ? Une relation fondée sur l’usage, la capture, l’appropriation ? Une relation qui suppose de pouvoir disposer des corps, des existences ? Si c’est cela qui est défendu, alors oui, l’antispécisme rompt avec ce type de lien.

Mais il ne rompt pas avec la relation en tant que telle. Il en propose une autre.

Ce que cette semaine m’a apprise, c’est précisément qu’une relation peut exister sans domination. Qu’elle peut se construire dans l’attention, la retenue, l’observation patiente. Dans le fait d’accepter de ne pas être au centre, de ne pas contrôler, de ne pas s’imposer.

Ici, il n’y avait ni appropriation ni maîtrise. Juste une co-présence. Une familiarité progressive, fragile, qui repose sur un équilibre : être tolérée sans s’imposer.

Dire que l’antispécisme couperait le lien, c’est ne reconnaître comme “relation” que celles qui passent par le pouvoir.

Or, ce que j’ai touché ici, c’est tout l’inverse : une relation sans prise. Et c’est précisément ce qui la rend si forte, si intense. Elle devrait d’ailleurs être la base de tous nos liens.

Mon cœur résonne encore de cette immersion bienheureuse qui a porté toute la semaine.

Sur la route du retour, on s’est arrêté pour un petit circuit de 5 km sur les hauteurs de Königsbach an der Weinstraße, au pied des vignes. La forêt ruisselait de verts tendres printaniers, et le chant des oiseaux saturait l’atmosphère d’une joie débordante. Les températures étaient estivales.

À midi, on est passé par Landau in der Pfalz pour déjeuner à l’excellent restaurant vegane Velo.

Retour à la maison vers 15h, où j’ai retrouvé Emma avec joie. En une semaine, le jardin s’est transformé, presque emporté par la saison, débordant de verts et du mauve de la glycine odorante.

Je me demande s’il ne serait pas possible d’installer une mangeoire pour l’écureuil que j’ai aperçu récemment dans la rue… Comme une manière de prolonger, un peu, ce lien qui s’est tissé ailleurs.

La Vasgovie sous la lumière d’avril

Une colline, un château


Le Palatinat, cette région de châteaux médiévaux aux histoires légendaires, de rochers majestueux et d’une forêt extraordinaire classée réserve de biosphère par l’UNESCO, fait du sud de la Rhénanie-Palatinat une de mes destinations préférées.

Au Moyen Âge, la région était l’une des plus importantes politiquement du Saint Empire romain germanique. De là, les rois et les empereurs contrôlaient les destinées de la moitié de l’Europe. Mais les Celtes, les Romains et un roi bavarois y ont également laissé leur marque.

Départ pour notre semaine dans le Palatinat afin d’arpenter à nouveau les sentiers de Vasgovie. On part à 5 nanas de 2 espèces. Cédrine doit nous rejoindre en train lundi.

Ce qui est magique est que nous sommes à moins de 1h30 de Strasbourg. Nous avons pris la route à 13h car le gîte n’est disponible qu’à partir de 15h. Pour nous y rendre nous avons longé la frontière côté allemand, empruntant une route étroite au cœur d’une extraordinaire forêt : celle du Bas Mundat.

Le temps est aux giboulées et oscille entre de violentes tempêtes de grêle et des accalmies bleutées, c’est un peu n’importe quoi. Comme nous sommes au pays de la Véganie, nous nous sommes arrêtées dans un supermarché allemand pour nos courses de la semaine, pas besoin d’emporter depuis la France de quoi nous nourrir car ici le choix est juste hallucinant.

Le gîte est une maison triangulaire surprenante lovée dans un
quartier verdoyant
composé d’autres maisons triangulaires, au cœur de la forêt. Nous sommes à la fois isolées et proches de lieux de vie (25 mn de Landau). C’est tranquille et de là où j’écris j’ai vu sur les verts tendres du printemps qui égayent les bois environnants.

Quelques maisons de notre village de vacances :

Nous avons déjà exploré les alentours depuis le gîte. A 3 km, il y a les ruines médiévales du château de Lindelbrunn situé à 437 m d’altitude, offrant une vue époustouflante à 360 degrés. Comme le temps est extrêmement capricieux, les humains ont fui les lieux pour notre plus grand plaisir et les nuages, chargés de pluie, déployés sur ces contrées boisées, nous ont offert un prodigieux panorama.

Les chambres du gîte sont à l’étage et on ne peut y accéder que par un escalier étroit. Cet accès est impossible pour les chiennes. On a donc descendu un matelas des chambres afin que j’y dorme avec Rosa et Suzy, cette dernière a tout de suite monopolisé la couette à mes pieds.

Le temps est totalement inconstant et… froid. Ce matin, un mélange glacial de pluie et de neige tombait mais la météo annonçait une accalmie dans la journée. Nous sommes parties sur les chemins détrempés à la première éclaircie.

Le circuit d’une dizaine de kilomètres empruntait les sentiers proches. Nous avons d’abord découvert le Silzer See qui borde la L493.

A partir de là, le circuit monte dans la forêt par de larges chemins. Le ciel s’est dégagé et très vite les bois ont ruisselé de lumière et de verts chatoyants. C’était infiniment beau.

Nos pas nous ont conduit au promontoire rocheux du Schweinsfels à 400 m. d’altitude auquel on accède par une échelle en métal raide et étroite. La vue panoramique est aussi impressionnante que celle découverte hier. Une croix trône sur la plateforme étrécie du rocher. Partout où se perd le regard se déploient les collines boisées de cette terre de grés rouges et de ruines médiévales. Les nuages chahutent l’horizon et les caprices du temps lui font un écrin de lumières chatoyantes.

Pas un seul humain sur ces sentiers. Je suis toujours fascinée comment mon espèce se cloître à la moindre goutte de pluie. Pourtant c’est à ce moment là que ces lieux se mettent à frémir et palpiter. C’est aussi là que je peux pénétrer dans leur intimité et, enfin, y prendre part. La nature me remet à ma place, élément fragile et insignifiant qui vibre au rythme de ces soupirs.

Le circuit se poursuit le long d’impressionnantes formations gréseuses, les Kellerfels. C’est là que nous redescendons par d’étroits sentiers la colline pour rejoindre notre quartier de maisons triangulaires au cœur de ces lieux enchanteurs.

L’après-midi est consacré à la lecture, l’écriture, la paresse.

Vers 17h, nous irons à Landau découvrir leur restauration végane qui abonde. Nous avons réservé au « Ich bin so Frey »

Nous sommes revenues repues. Le lieu est très accueillant, vaste et lumineux. Le personnel souriant est à l’écoute. Le restaurant était complet ce qui m’a fait plaisir. L’offre végétalienne est impressionnante. Nous avons attendu plus d’une heure notre repas succulent, cela valait bien un peu de patience.

Les pâtisseries sont tout aussi incroyables.

carrot cake (délicieux) et cookie sans gluten (tout aussi délicieux).

En rentrant, j’ai exploré notre village de conte pour digérer. La lumière du soir était extraordinairement orangée nimbant les lieux, où s’étirait la brume, d’une poésie ouatée.

Cette nuit, les températures sont retombées en dessous de zéro. Ce matin, il a fallu dégivrer la voiture mais le ciel avait des promesses de lumière printanière.

Nous sommes parties à 5 km de la maison pour explorer le massif du Heichsberg culminant à 412 m. d’altitude.

On accède au plateau sommital par de larges sentiers sillonnant les bois où, aujourd’hui, nous avons croisé une biche et des chevreuils. La ligne de crête est clairsemée de bornes numérotées, de roches de gré rose plantureuses et de buissons de myrtilles denses.

De chaque côté de cette ligne de crête se dégagent des massifs gréseux offrant, au nord, une vue sur l’imposant château de Trifels près d’Annweiler et, au sud, un panorama grandiose sur les vallons verdoyants du Palatinat. Le bloc de rochers du sud porte le nom de Geiersteine. Il est aussi apprécié des personnes pratiquant l’escalade.

Aujourd’hui, comme les jours précédents, les chemins semblaient désertés par les humains.

En début d’après-midi, je suis partie chercher Cédrine à la gare de Wissembourg, nous avons fait une pause sur le chemin pour quelques courses à Edeka. De retour dans notre nid, ce fut le temps du goûter et j’ai savouré la part de carotte cake achetée à « Ich bin so Frey » que je n’avais pas mangé hier ainsi qu’un cookie sans gluten. Leurs pâtisseries sont vraiment délicieuses.

Vers 18h, Sonia, Cédrine et moi sommes retournée par la forêt aux ruines médiévales du château de Lindelbrunn. Phlau et les chiennes nous ont rejoint en voiture.

Là aussi, pas un seul humain.

Nous avons découvert le restaurant en contrebas du château qui propose à la vente des cadavres des habitants et habitantes des forêts, avec des images de « suicide food » indécentes.

La montée vers les ruines et le lieu déserté m’ont permis d’évacuer ma colère sourde qui jaillit devant tant de dissonance.

La plateforme herbeuse du château nous a offert un écrin de joie partagée. Rosa et Suzy étaient aussi enthousiastes que nous.

L’éclat du soleil tombant voilait les massifs d’une ombre satinée et adoucissait la grisaille des pierres préservées.  Au loin, on pouvait distinguer les nuages porteurs de pluie qui s’amoncelaient par endroit, concentrant des gris plus sombres dans l’éclat azuré de cette soirée quasi parfaite.

C’est le froid de plus en plus mordant qui a eu raison de notre présence et nous a renvoyées vers la voiture garée en contrebas.

Le dîner fut simple et appétissant, cuisiné par Cédrine : raviolis en conserve (je les adore) agrémentées de fromage et passées au four, accompagnées d’une salade de mâche. Le tout végane bien entendu.

Pendant que j’écris mon journal, les filles humaines lisent et celles d’une autre espèce dorment, repues d’une journée chargée d’odeurs et de jeux.

Cette nuit Rosa a partagé mon oreiller. Elle a aussi aboyé à chaque grincement de lit de mes comparses… Malgré tout, j’ai relativement bien dormi. Suzy a préféré rester sur le canapé où il y a clairement plus de place.

La rando du jour est à une vingtaine de minutes en voiture d’ici, plus à l’est, près de Landau. Le départ s’effectue à partir d’un de ces jolis villages de la route des vins du Palatinat sud : St. Johann. Les montagnes sont truffées de blocs rocheux qui leur font des promontoires aux vues grandioses où que l’on aille.  Aujourd’hui, nous sommes parties à la découverte de l’Orenfels à plus de 500m d’altitude.

Une montée de 4 km, à travers les magnifiques forêts de Vasgovie, depuis le village, nous conduit à cette terrasse de grés en surplomb, habitée depuis le haut moyen-âge. La vue y est grandiose et ouvre sur la plaine du Rhin mais aussi sur les vallons, que j’aime tant, de ces paysages boisés où trône le Trifels, ce château imposant qui est le point de convergence de quasi toutes les plateformes visitées à ce jour.

Ces vues époustouflantes m’emportent dans un imaginaire féerique peuplé de dragons, de quêtes impossibles et de secrets farouchement gardés.

Je suis gueuse, va-nu-pieds, truande, chevalière, guerrière, je suis tous ces possibles et plus encore. Ce qui me ravit est ce sentiment que là, dans ces espaces aux vallons infinis gorgés d’histoire et de forêts profondes, un autre monde onirique s’entrouvre.

Sur le sentier qui monte à ces remarquables roches, se trouve un gîte nature à flanc de colline où des gamelles d’eau fraiche étaient proposées à Suzy et Rosa : Naturfreundehaus Kiesbuckel.  Visiblement c’est une auberge ouverte les week-ends où on peut loger et demander des repas adaptés aux engagements de chacun et chacune (vous me voyez venir ?)

Le retour se fait par la forêt et la dernière partie dans les vignes où nous avons profité de la lumière du jour pour nous recharger en bonne humeur.  

Nous sommes aussi passées devant une maison au portail clos qui avait posé un panneau à son entrée, rempli d’autocollants aux messages antispécistes. C’était l’autre moment joie du jour.

J’ai glissé quelques autocollants dans leur portail. Ma petite contribution.

Les après-midis sont paisibles, nous vaquons à nos diverses occupations dans notre maison de conte où le chauffage au gaz crépite comme un feu de bois. Plus tard, j’irai me dégourdir une dernière fois les jambes dans notre hameau si particulier.

Le temps oscillant entre une pluie légère et une neige fondante glacée, nous avons décidé de consacrer la journée à la visite du Trifels, le château restauré, star du coin et visible de partout. Ensuite nous visiterons Landau et testerons un autre restaurant vegan : le VELO, identifié grâce à la formidable application Happy Cow.

Nous nous sommes garées sur le parking au pied du château édifié sur le mont Sonnenberg (494 m). Il se dresse sur un triple piton gréseux, long de 145 m, large de 40 m et surélevé de 50 m. et surplombe, majestueusement, toute la région. Le temps humide a contribué à enchanter les lieux en enrobant de brumes mouvantes les bois et collines alentours où apparaissaient, par moments fugaces, les autres ruines des environs. Ici chaque sommet semble porter un château médiéval.

Entre 1088 et 1330, le Trifels fut un château impérial, l’un des centres de pouvoir les plus importants sous les Hohenstaufen et les Saliens. Les insignes impériaux tels que la couronne, le sceptre et l’orbe impérial y étaient toujours conservés. Aujourd’hui, ce sont leurs répliques qu’on peut encore admirer.

Le château servait également de prison pour des personnalités importantes tel que le roi anglais Richard Cœur de Lion, otage du Saint Empire.

Aujourd’hui il est le résultat d’une alternance de phases d’expansion, de délabrement et de reconstruction sur près de 1000 ans – depuis ses débuts au XIe siècle jusqu’à un passé récent.

Il regorge d’escaliers que Cédrine a exploré avec enthousiasme et ses plateformes s’ouvrent sur de grandioses points de vue.  L’entrée est payante : 4€50.

L’après-midi nous avions réservé une table au VELO restaurant. En allemand, le mot vélo français se dit Fahrrad donc ce nom n’a rien à voir avec une bicyclette. C’est un mélange des lettres du mot « LOVE ». Le lieu est vaste et élégant, la décoration est épurée.

Le repas était succulent. Le restaurant a des menus du midi et du soir et propose une « petite » restauration à tout heure de la journée.

Les propositions sont élaborées et gustativement excellentes, la quasi-totalité des suggestions sont faites maison à partir de produits frais.

J’ai quand même pris deux desserts dont une part de tarte à la mousse de fraise hyper légère et fondante. Chaque bouchée était une explosion de délice dans la bouche. Servie avec des fruits et de la crème chantilly ! Et, comme c’était léger, j’ai aussi savouré leur mousse au chocolat également accompagnée d’un coulis de fraise et de chantilly.

Après cette pause gourmande, nous avons fait un petit tour dans le centre-ville de Landau, ville fondée au XIIIè siècle. Elle est le chef-lieu de l’arrondissement de la Route-du-Vin-du-Sud du Palatinat.

En rentrant au gîte, Sonia, Cédrine, Rosa, Suzy et moi sommes reparties pour un petit tour sur la colline proche de la maison où trône un imposant rocher de 34 m. de haut, le Kriemhildenstein avec vue sur les forêts et notre village particulier en contrebas. Nous sommes montées jusqu’à la croix en pierre Steinernes et son banc qui offrent cette fois ci une vue sur le rocher précédent et toujours sur les reliefs environnants. La pluie avait cessé et le soleil du soir irradiait la forêt d’ombres longues satinant les vallons boisés du lointain. Les chiennes que nous n’avions pas prises avec nous aujourd’hui (interdites au Trifels et compliqué en ville) étaient ravies de cette sortie post méridienne.

Ce matin le ciel gris couronnait de morosité les bois alentours. Nous sommes parties à cinq pour une randonnée de 13 km depuis le parking du Trifelsruhe près d’Annweiler en empruntant une partie du sentier « Richard cœur de Lion », l’otage célèbre du coin.

Rosa et Suzy étaient visiblement ravies de faire partie du périple. Hier était leur journée de récupération où elles n’ont été qu’une heure en balade.

Une grêle fine est tombée pendant une dizaine de minutes sinon nous avons évité l’humidité.

Le circuit conduit à une tour sur la colline du Rehberg qui offre une vue panoramique complète sur la forêt méridionale du Palatinat, la trinité des châteaux de Trifels, Anebos et Scharfenberg (Münz), la plaine du Rhin et la bordure orientale de la Forêt Noire et des montagnes de l’Odenwald. La structure actuelle de la tour s’élève sur un socle de 2 m de haut et atteint une hauteur de 14 m avec le parapet. Un escalier extérieur de neuf marches mène à la porte en arc brisé de la tour , et un escalier en colimaçon de 49 marches mène à sa plate-forme panoramique avec son mur extérieur crénelé. La tour est classée monument historique et fut inaugurée le 17 septembre 1862 après cinq mois de construction.

En somme, en Allemagne, sur chaque colline on trouve soit une ruine de château-fort, soit une croix, soit une tour. On sent l’appropriation forte de l’humain homme sur le paysage par ce besoin de dresser des monuments toujours plus haut que la montagne elle-même.

L’objectif suivant de la randonnée était le Kleiner Hahnstein, « petit rocher » à escalader pour découvrir une nouvelle vue époustouflante sur la région. Encore plus belle que la précédente !

Et tout le long du circuit nous traversons de magnifiques forêts de hêtres, ormes, châtaigniers et chênes aux verts printaniers intenses qui illuminent les sous-bois et accentuent la couleur foncée des troncs, les rendant quasi noirs.

La suite du circuit devait nous mener au pied d’un gigantesque bloc rocheux (400 m de haut) découpé en trois parties : l’Asselstein néanmoins fermé pour cause de nidification des faucons pèlerins qui habitent ces lieux. Il est considéré comme l’une des formations rocheuses les plus puissantes de la région rocheuse de Vasgovie et est donc également appelé le « roi des roches du Palatinat ». Une fois à ses pieds on comprend pourquoi.

En face de cette masse rocheuse impressionnante se trouvait un large banc en demi-cercle faisant face à une sculpture commémorative avec une citation de B. Brecht dont j’ai cherché la signification en rentrant :

– Pour commémorer la rencontre à Asselstein entre socialistes et sociaux-démocrates de différents groupes de résistance du Palatinat le 6 mai 1934, une pierre commémorative et un banc avec vue sur le rocher ont été érigés en 2019.

L’inscription se lit comme suit :

« À la mémoire des sociaux-démocrates qui se sont réunis illégalement à Asselstein le 6 mai 1934 pour discuter des options de résistance contre le régime nazi. » SPD-Palatinat 

Cette citation de Bertold Brecht est magnifique. Un bel hommage à l’humilité.

Ne pouvant accéder à l’Asselstein, nous avons rebroussé chemin pour reprendre, sur deux kilomètres, le large sentier au cœur des bois qui nous a ramené au parking.

Le long du parking, il y avait une aire boisée avec des petites étoiles gravées sur les arbres. Cet endroit est un cimetière pour les cendres de notre espèce. Cela m’a rappelé le lieu de souvenirs au cœur de la forêt de Esch sur Alzette, au Luxembourg, que j’avais découvert avec Gabriel.

Cette randonnée nous a bien affamées, j’ai nourri Suzy et Rosa à la voiture. Nous n’avions qu’une quinzaine de minutes pour rejoindre le gîte, notre faim fut aussi vite comblée.

L’après-midi sera consacrée au repos et à nos menues occupations personnelles.

Nous sommes indubitablement dans une bulle de tendresse où chacune veille sur l’autre et où nos échanges sont drôles, attentionnés et sereins.

Aujourd’hui, départ à 9h pour Dahn, à environ 30 mn du gîte, pour un circuit de 12 km afin de découvrir ce coin défini par ses rochers monumentaux.

La randonnée débute par une montée vers un cimetière militaire comprenant plus de 2 000 soldats morts lors de la Seconde Guerre mondiale. Les noms des soldats sont notés sur de petites pierres – la plupart des pierres portent la mention « inconnu ». Au-dessus de ce lieu de recueillement se trouve une petite chapelle commémorative et au-delà le premier bloc colossal de roches de grés : le Hoschstein. Il fait partie du vaste Dahner Felsenland et se trouve à la limite sud de la petite ville. Un chemin sécurisé et très pentu monte sur la crête et offre encore une vue fantastique sur les montagnes et les autres formations rocheuses.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les habitants et habitantes de Dahn se sont cachées dans ces niches rocheuses naturelles et les grottes sur le Hochstein. La plus grande est « la cabane du soldat », ouverte des deux côtés, elle offre une belle vue sur la ville.

Ce circuit passe par un des chemins de St Jacques de Compostelle.

Nous avons poursuivi notre randonnée vers le Dahner Burgengruppe, un immense complexe de trois châteaux médiévaux semi-troglodytes de toute beauté, composés de Tanstein à l’ouest, du Grafendahn au milieu et de l’Altdahn à l’est.

Il s’agit du plus grand complexe de châteaux du Palatinat construit sur des rochers abrupts et ses parties les plus anciennes remontent au XIe siècle.

Le mieux conservé est l’Altdahn qui offre un dédale d’escaliers, chambres et couloirs creusés dans la roche où on pourrait presque se perdre.

Au retour, j’ai même vu un troupeau de chevreuils qui est passé juste devant Suzy et moi, ce qui a bien intrigué Suzy d’ailleurs qui aurait aimé les suivre… mais non.

Nous sommes rentrées en début d’après-midi, petite pause post-méridienne avant de repartir pour dîner une dernière fois à Landau au « Ich bin so Frey ».

Le luxe de partir à une centaine de km de chez soi c’est que nous avons pris deux voitures.  Demain, Cédrine et moi irons faire une dernière randonnée du côté de Dahn tandis que les filles rentreront directement à Strasbourg.

Nous nous disions aujourd’hui combien ce territoire de vallons et de roches prodigieuses est époustouflant de beauté et nul besoin de partir à l’autre bout du monde pour être au cœur d’une nature généreuse et exceptionnelle.

Jour de départ. Premier réel jour de printemps.

Le gîte doit être libéré pour 10h. Nous nous scindons en deux groupes, l’opportunité d’avoir deux voitures. Tandis que Phlau, Rosa, Sonia et Suzy rentrent à Strasbourg, Cédrine et moi partons une dernière fois randonner dans cette terre d’histoire et de nature.

Le circuit est sur le territoire de Dahn, il part d’un château conservé dont la visite est payante mais que nous ne visiterons pas : le Burg Berwartstein. Aujourd’hui nous avons envie d’espaces et de ruines, loin des foules et du brouhaha de l’humanité.

La première étape nous mène au pied d’un promontoire rocheux, le Schlüsselfels. Nous n’avons pas trouvé le sentier et sommes montées à même la pente au travers d’amoncellements d’arbres chus et de terre glissante. Parcours éprouvant et technique néanmoins gratifiant une fois arrivées sur la plateforme. Il s’agit d’une des parois rocheuses parmi les plus hautes de Vasgovie.  La vue y est époustouflante (comme toujours) et s’épanouit sur ces paysages aux vallons boisés qui m’émeuvent tant.

Nous poursuivons sur le Heidenberg jusqu’au Buchkammerfelsen qui est, à lui seul, un point culminant. Le sentier traverse des falaises de grès parées d’arbres noueux aux racines entrelacées où le pied doit être sûr et l’œil vigilant. À l’intérieur de ces rochers se trouvent des chambres sculptées datant de l’Antiquité. La porte d’entrée est située à environ 8 m de hauteur sur le versant nord du massif, inaccessible pour un ou une marcheuse.

L’étape suivante sont les ruines du Drachenfels (le château dragon) où j’ai eu un réel coup de cœur pour ces vestiges. De loin, on distingue un gros rocher avec une plateforme accessible par un escalier mais en s’en approchant, on découvre un château monumental dont l’exploration est une véritable aventure. Il regorge d’escaliers, de pièces troglodytes et de passages de liaisons. Il a probablement été construit peu après 1200. En 1523, le château a été presque entièrement détruit. Deux rochers de grès rouge, abrupts et très étroits, portent ces impressionnantes ruines.

Partout il y a des terrasses aux vues dégagées sur les forêts, sur les Buchkammerfelsen et sur le village proche. Au loin, on y voit également l’ensemble rocheux des ruines du Dahner Burgengruppe visitées la veille.

Nous rentrons par le sentier boisé de St Jacques de Compostelle pour retrouver la voiture.

Le retour à Strasbourg se fait par la même route qui traverse l’extraordinaire forêt du Bas Mundat sous un soleil radieux.

Ce qui me réjouit c’est la proximité de ces lieux enchanteurs et que je peux y retourner pour m’y replonger quand j’en ressens le besoin. Ce n’est réellement qu’un aurevoir.


L’automne en Vasgovie

Samedi 21 octobre 2023

Cela fait déjà un moment que j’avais envie de passer quelques jours dans la forêt au-delà de la frontière au Nord de l’Alsace. Cet espace boisé infini qui s’offre à la vue depuis le sommet des châteaux forts peuplant les Vosges du Nord. Je l’ai côtoyée parfois, lors de brèves incursions en Allemagne, quand je vais explorer ces châteaux semi troglodytes que j’aime tant.  Ces doux vallons boisés qui s’étendent à perte de vue m’invitent aux rêves loin des turpitudes du monde.

 » La forêt palatine rassemble un ensemble continu de contrées environnées de montagnes forestières dans le land de Rhénanie-Palatinat en Allemagne. Il s’agit d’un reliquat d’une vaste « foresta » placée sous l’autorité des comtes du palais impérial à la fin de la dynastie carolingienne. Ces dignitaires émancipés en partie du pouvoir régalien sont devenus les comtes palatins du Rhin, laissant à leur principauté le nom de Palatinat.

La forêt palatine forme par ailleurs un ensemble géomorphologique unique avec les Vosges du Nord, rassemblé au sein de la réserve de biosphère transfrontière des Vosges du Nord-Pfälzerwald. Cet ensemble est étroitement lié au massif des Vosges, dont il n’est séparé que par le col de Saverne. » Source : WIKIPEDIA

Pour ces trois jours de découverte, j’ai choisi un gîte au pied des vignes à Pleisweiller-Oberhofen. C’est à 1h30 de la maison, à côté donc, et c’est totalement dépaysant. Inutile de parcourir de longues distances pour se sentir ailleurs. Suzy et Rosa étaient du voyage.

Parfois, je sépare les chiennes pour offrir d’autres alchimies dans leur quotidien. Le combo Emma/Rosa est quelquefois difficile à gérer parce qu’Emma est l’idole de Rosa et que cette dernière fait un peu n’importe quoi quand Emma est en balade avec nous. En outre, pour Emma, cela lui permet de souffler aussi car « l’amour » de Rosa est, par intermittence, envahissant pour elle.

Nous avons débuté par un petit circuit de 11km à partir de Göcklingen, village viticole lové au cœur des vignes sur la route des vins du Sud du Palatinat.

De nombreux circuits de randonnées traversent la forêt, de nombreuses ruines l’habitent. La balade fut riche en points de vue, en ruines visitées. Une tour en grès, construite en 1886, la Martinsturm, était notre point culminant à plus de 500 m. d’altitude. C’est une tour d’observation de 14 m de haut . Elle a entièrement été rénovée dans les années 1990, le bâtiment est classé. Dans le passé, elle était également utilisée pour la protection contre les incendies de forêt , mais aujourd’hui, elle n’a qu’une importance touristique. Lorsque la visibilité est bonne, le panorama s’étend sur l’ Odenwald , la Forêt-Noire et les Vosges.

L’autre grande attraction de notre petit périple fut la visite du Burg Landeck, ruine du XIIe s. plutôt bien conservée, avec un remarquable donjon carré et imposant visible de loin, depuis la plaine.

Beaucoup de monde le côtoie, un samedi lumineux d’octobre en plus. Un restaurant trône à l’intérieur et offre deux plats copieux et succulents véganes, la belle surprise de fin de randonnée. Evidemment, nous avons commandé les deux plats et nous nous sommes régalées.

A 17h, découverte de notre gîte qui est parfait, propre, hyper confortable et nos hôtes sont chaleureux et accueillants. Une douche bienvenue va clore cette journée riche en découvertes et en belles surprises.

Dimanche 22 octobre 2023

Le gîte est vraiment exceptionnel, la literie est extraordinaire de confort, j’ai le sentiment de dormir sur un nuage. L’endroit est incroyablement calme. C’est une tanière de luxe où on se ressource pleinement.

Ce matin, nous sommes parties explorer de nouvelles pistes à dix minutes de notre lieu de vie temporaire. Onze kilomètres et presque cinq cent mètres de dénivelé avec un ressenti de vingt kilomètres parcourus tant les paysages sont variés et offrent des panoramas tous plus beaux les uns que les autres. Nous avons fait un circuit sur les vallons qui dominent la plaine, au départ du village viticole de Leinsweiler, sur la route des vins du Sud.

La forêt qui surplombe cette partie du paysage s’appelle la Vasgovie. Composée en grande majorité de châtaigniers, hêtres et chênes, elle est remarquable par ses vallons profondément encaissés et ses ruines médiévales qui jalonnent ses sommets boisés.

L’automne sublime ses sentiers d’ors et de bruns chatoyants.

La montée un peu rude nous a conduit à une première ruine qui offre un panorama époustouflant à 360° sur la plaine du Rhin et tous les vallons qui lui font un contrefort boisé : le Neukastel. Il ne reste qu’un promontoire rocheux de ce château du XIIè s. culminant à 459 mètres d’altitude. De forts vents activaient la course des nuages et créaient une ambiance voilée sur la plaine s’étendant à perte de vue.

Le temps suspendu à l’élan fou des nuages…

Nous avons traversé des forêts immenses, pénétrant au cœur de ces vallons encaissés où des vues incroyables se déployaient par endroit, offrant des panoramas sur les rochers et ruines que nous allions découvrir.

Chaque détour de sentiers déployait d’autres paysages, tous plus beaux les uns que les autres, loin des bruits de l’humanité.

Nous avons fini nos découvertes par les ruines du château de Scharfenberg qui n’est pas ouvert à la visite et l’impressionnant site du château rupestre d’Anebos à 463 mètres d’altitude. Ces sites font partie d’un ensemble de trois châteaux médiévaux : les Trifels. C’est également un lieu d’escalade.

Les contreforts rocheux sont colossaux et la vue qui s’y déploie est spectaculaire, notamment depuis les ruines du château d’Anebos vers le Trifels, le mieux conservé des trois.

Repues, nous sommes redescendues par de larges sentiers vers Leinsweiler que nous avons pris le temps de visiter avant de retourner au gîte.

Lundi 23 octobre 2023

Le ciel se couvre et les températures baissent, l’or des forêts et des coteaux viticoles n’en reste pas moins beau.

J’ai presque dormi 10 heures la nuit passée. C’est bien reposée que je pars pour la dernière randonnée de notre séjour. Nous allons nous enfoncer au cœur des vallons de la Vasgovie. L’objectif du jour est le site de Rötzensteinpfeiler. Il semblerait que ce soit l’un des endroits les plus impressionnants de cette forêt, il culmine à 460 m d’altitude. C’est un long récif rocheux gréseux qui s’étire en aplomb d’une montagne, son mur escarpé de 50 m. est apprécié des personnes pratiquant l’escalade. Sur sa pointe la plus extrême trône une croix qui ouvre sur un grandiose panorama.

La vue est effectivement époustouflante sur les vallons qui s’étirent dans un infini bleuté, nature insoumise à perte de vue où pointent par endroit, les vestiges des châteaux médiévaux qui rappellent le passé glorieux de ces contrées délaissées. Pas un humain sur les sentiers empruntés, le lieu est aussi désert.

C’est là que je voudrais que le temps se suspende. Bulle primitive d’émois décuplés où toute cette beauté me nourrit, je me sens repue et apaisée. Peu de paysages provoque un tel sentiment de complétude chez moi.

Même Phlau qui préfère les forêts aux panoramas est conquise !

Quand nous quittons ce lieu fascinant, c’est pour le découvrir depuis la crête voisine, 3 km plus loin, où s’étale un autre amas rocheux remarquable : les Kieungerfelsen. L’accès par le Sud est difficile, pentu et très technique, la terre et la roche sont humides, je préfère jouer la carte de la sécurité et rebrousser chemin pour retrouver les larges sentiers où abondent les châtaigniers pour retourner à la voiture.

Sur le retour, nous décidons de nous arrêter au Burg Landeck pour savourer une dernière fois leur cuisine végane découverte le premier jour.

Je fais également une cueillette de feuilles locales pour mes prochaines empreintes végétales : chênes, châtaigniers et hêtres, souvenirs de cette forêt splendide et profonde.

Je sais déjà que je reviendrai.